Maï(g)wenn et les orteils, gigueux atypiques et contemporains

Vous connaissez la gigue contemporaine, vous? Hé bien, moi aussi je ne connaissais pas ça, jusqu’à ce que mon grand ami Hervé Desbois nous invite à venir voir le spectacle de sa fille à l’Agora de la danse, il y a quelques années. C’était dans le cadre de la Biennale de Gigue contemporaine, organisée par Bigico, et j’ai eu droit à une belle initiation de cette forme de danse vraiment intéressante, qui prend son inspiration de notre folklore, mais qui l’amène dans toutes sortes de directions étonnantes. J’ai alors été introduite à la « Quasispace« , la première création de sa fille Maïgwenn, puis, deux ans plus tard, j’ai expérimenté « Dans ta tête », une oeuvre portant sur les peurs. Touchant, original, surprenant.

Maïgween Desbois a la danse dans la peau. Avec une formation classique et contemporaine, elle s’est approprié la gigue contemporaine avec fougue et créativité. Elle a dansé plusieurs années pour Marie-Soleil Pilette, une chorégraphe qui une des actrices de premier plan dans le renouveau de la « nouvelle » danse traditionnelle sur scène.  C’est en 2012 qu’elle créé sa propre compagnie de danse et de gigue contemporaine, Maï(g)wenn et les orteils, qui met en scène des artistes professionnels différents et marginalisés. 

Elle travaille depuis quelques années avec Gabrielle Marion-Rivard, qui a le syndrome de Williams et qu’on a découverte dans le superbe film Gabrielle et Anthony Dolbec, qui a le syndrome d’Asperger, qui est une sorte d’autisme, sans déficit intellectuel. Elle a rencontré ses interprètes au Centre des arts de la Scène Les Muses, un centre qui donne une formation professionnelle en arts de la scène aux personnes vivant avec un handicap.

Maïgwenn explique pourquoi elle a voulu travailler avec eux, dans une belle entrevue, que voici.

« Avec ces gens-là (…) tu touches à l’essentiel, tu es toujours dans la vérité. Et ça, c’est extrêmement riche et précieux dans la création, parce que tu fais face à quelque chose de vrai, tu travailles avec une émotion brute. »

Une nouvelle chorégraphie s’est ajoutée à son répertoire, « Six pieds sur terre« , qui explore les phénomènes d’isolement, d’intimidation et d’exclusion dus à la différence.  Maïgwenn s’est inspiré des ses jeunes interprètes et des difficultés qu’ils ont à relever à chaque jour de leur vie. Ses deux dernières oeuvres se sont méritées des prix Coups de pouce au Festival Vue sur la Relève, « Dans ta tête » en 2012 et « Six pieds sur terre » en 2013. Depuis 1996, Vue sur la Relève constitue le seul tremplin et rampe de lancement pluridisciplinaires, publiques et largement médiatisés, destinés entre autres à la promotion et la diffusion de spectacles pluridisciplinaires, conçus par de jeunes créateurs provenant majoritairement du Québec francophone, de la francophonie canadienne et, depuis 2008, de la scène internationale. Maï(g)wenn et les Orteils a également été récipiendaire du prix Peter-Zwack 2013 pour l’intégration d’une personne autiste dans un contexte de travail professionnel.

En 2014, Maï(g)wenn et les orteils a fait une mini tournée en Suisse, avec des spectacles à Lausanne, Genève et Saint-Léger. C’est ce spectacle qui était présenté à Tangente, les 20 et 21 décembre 2014. J’ai eu le plaisir d’aller les voir. Quand j’avais vu « Dans ta tête » la première fois, je l’avais regardé avec curiosité, découvrant un nouveau mouvement de danse. Mais cette fois, je comprennais plus l’intention et le message derrière et ça m’a beaucoup touché. Et quand est venu s’ajouter la seconde oeuvre « 6 pieds sur terre », l’émotion a continué à grandir en moi et j’avoue que des larmes ont coulé… c’est plus que touchant, c’est authentique, c’est pertinent, c’est tout simplement brillant.

 

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